Point d’étape et quelques réflexions sur les revendications et les mobilisations en cours

Après la nouvelle et très importante mobilisation du 5 novembre, je livre ici un point d’étape sur la séquence politique et sociale assez inédite et pleine d’espoir.

Contre la vie chère, pour défendre un avenir plus juste et durable, des centaines de milliers de personnes manifestent depuis plus d’un mois un peu partout en France. La jeunesse, particulièrement visible et mobilisée, fait entendre ses revendications et refuse que son avenir soit sacrifié à cause des choix d’un gouvernement illégitime et en fin de règne. Vie chère, précarité exacerbée, dégradation des services publics, inégalités sociales creusées, discriminations racistes, conséquences climatiques dramatiques : tout est lié.

Derrière ces mobilisations, autour de préoccupations diverses, il y a une même réalité : la population refuse de payer le prix de décisions économiques et politiques de quelques personnes au pouvoir qui menacent son avenir et ignorent les urgences sociales et climatiques. La lutte contre la vie chère et celle contre le dérèglement climatique ne sont pas deux causes distinctes. Elles proviennent des mêmes causes, ont les mêmes et appellent donc des réponses communes.

Les jeunes mobilisés face aux crises qui menacent leur avenir

En parallèle aux marches pour le climat qui se sont tenues en septembre, suite à un été dramatique, les lycéens ont commencé à se mobiliser pour dénoncer à la fois les conditions d’apprentissage dans lesquelles ils se retrouvent, les inégalités qui se creusent en fonction des territoires et l’absence criante de perspectives pour l’avenir. Manque de personnel enseignant, bâtiments insalubres, emploi du temps incohérent, programmes chamboulés, sélection opaque… Cette situation dépasse les murs des établissements scolaires. L’ensemble de nos services publics sont fragilisés, à la fois par des choix politiques irresponsables et le manque de moyens alloués, ainsi que par les effets du changement climatique. Hôpitaux sous tension pendant les canicules, transports publics perturbés par les fortes chaleurs, services de secours, sans moyen, de plus en plus sollicité.

Nous ne sommes pas tous impactés de la même manière par ces crises. Les personnes les plus vulnérables sont aussi celles qui subissent le plus durement les conséquences de la dégradation des services publics, du dérèglement climatique, de l’inflation et de la flambée des prix de l’énergie et des carburants. Des millions de français doivent aujourd’hui choisir entre se nourrir, se soigner, se chauffer ou se déplacer, alors que quelques-uns profitent grassement de milliards de bénéfice avec la complicité du gouvernement.

Depuis début janvier, TotalEnergie a engrangé 19,5 milliards de dollars de bénéfices, soit près de deux fois plus qu’à la même période en 2025. Tant que notre économie restera dépendante du pétrole et du gaz, notre sécurité énergétique et notre pouvoir d’achat seront menacés, et les émissions de gaz à effet de serre générées par ces activités continueront d’alimenter le changement climatique. Plutôt que de continuer de jouer le jeu des lobbies fossiles, le gouvernement devrait agir pour protéger la population et réduire notre dépendance aux hydrocarbures.

Démocratie en danger : quand la réponse politique est la violence et la répression

Face à une population qui s’inquiète pour son avenir, Emmanuel Macron n’apporte pas de réponses. Il tente d 'invisibiliser les revendications portées par le mouvement et diabolise les manifestations en les réduisant aux scènes déplorables de casse et de pillage. Pire, la réponse du gouvernement prend une tournure toujours plus liberticide dans le prolongement d’une répression grandissante à l’encontre des manifestants observée depuis plusieurs années, notamment les gilets jaunes, les syndicalistes et les défenseurs de l’environnement.

Les forces de l’ordre n’hésitent plus à recourir à des pratiques illégales comme le nassage des manifestants et l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) et autres armes mutilantes comme les grenades assourdissantes. Les militants sont régulièrement exposés au gaz lacrymogène, même dans les cortèges les plus pacifiques. Plutôt que de dénoncer cette répression policière, de jouer pleinement leur rôle en déconstruisant les fake-news qui circulent sur les mobilisations ou de relayer les images joyeuses de la majorité des cortèges, les médias ont fait le choix de concentrer leur attention sur les pillages de commerces et les bâtiments publics incendiés commis par des groupes violents.

Ces dégradations inacceptables de groupes minoritaires ne doivent pas dicter le récit de ces mobilisations, pas plus que la surenchère sécuritaire ne doit tenir lieu de réponse politique. L’État a un rôle à jouer dans la gestion des manifestations : plutôt que de réprimer, il doit écouter les revendications et garantir les libertés fondamentales de toutes et tous, notamment le droit de manifester.

Ce qui se joue là dépasse la question du maintien de l’ordre. Nous assistons à une multiplication de mesures qui restreignent les libertés publiques : interdictions de rassemblements, couvre-feux dans certaines zones, menace de suspension des réseaux sociaux, interdictions préventives de manifester visant certains militants, contrôles, amendes et arrestations avant le début des manifestations, parcours en marge des centres-villes imposé sans concertation… La France est montrée du doigt à l’ONU et Amnesty international alerte sur « un glissement inquiétant vers des pratiques autoritaires ».

De plus, certaines forces politiques et médiatiques portent un traitement raciste et stigmatisant des mobilisations sociales. Récemment, l’ancien Premier ministre, Edouard Philippe, affirme qu’il y a une surreprésentation des jeunes issus de l’immigration dans les groupes violents, en ne se basant sur aucun élément tangible. Ce type de déclarations témoigne de la banalisation décomplexée de l’idéologie raciste dans le débat public et renforce un climat dangereux pour notre démocratie et, plus encore, pour celles et ceux qui en sont les premières cibles, comme en témoigne dramatiquement l’attentat raciste à Trappes le 23 octobre, causant la mort de Pengo Bossio Wangi.

Un peuple qui se mobilise peut reprendre le pouvoir

Des exemples récents de victoires populaires rappellent que la mobilisation citoyenne peut réellement inverser la tendance.

Au Brésil, la réélection de Lula, le 25 octobre, face au candidat d’extrême droite, a notamment été permise grâce à une forte mobilisation populaire, notamment chez les jeunes.

Le même jour, en Serbie, après 2 ans de manifestations pour la défense de la démocratie, le mouvement étudiant a permis de mettre fin à quatorze années du pouvoir nationaliste de Vučić.

Aux États-Unis, grâce à la dynamique autour de la gauche du parti démocrate une mobilisation citoyenne historique vient d’infliger une lourde défaite à la politique agressive et réactionnaire de Donald Trump.

Une preuve que lorsque les citoyennes et les citoyens se mobilisent collectivement et font entendre leur voix, ils peuvent impacter les décisions qui déterminent leur avenir.

Les crises que nous traversons ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat de choix économiques et politiques faits par quelques décideurs au pouvoir. Les conséquences que nous subirons demain dépendront des décisions prises aujourd’hui, mais aussi de celles que nous ferons dans les urnes dans quelques mois, à l’occasion de l’élection présidentielle de 2027. D’ici là, ces mobilisations sont essentielles pour faire entendre nos voix et replacer la justice sociale et climatique au cœur du débat public.

Continuons à nous mobiliser. Un avenir plus juste et plus durable ne se construira pas sans l’implication des citoyens.

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