Assez d’hypocrisie, des moyens pour combattre les violences sexuelles faites aux enfants

Le drame de la mort de la petite Lyhanna et les antécédents du suspect mettent de nouveau en lumière les failles systémiques de la lutte contre les violences faites aux enfants.

Il est vraiment insupportable de voir ministre de la Justice se défausser sur des magistrats qui croulent sous les dossiers, faute de moyens. Oui il devra y avoir des sanctions individuelles si des défaillances et des fautes professionnelles sont avérées. Mais ce n'est pas suffisant. On ne peut pas se contenter de demander aux procureurs généraux de reprendre les 70 000 dossiers de plaintes qui touchent les enfants sans dégager des moyens supplémentaires pour les traiter réellement ! Ce pouvoir est totalement déconnecté. Il y a un gouffre entre le calvaire quotidien décrit par les justiciables et l’assurance de dirigeants en plein déni sur la dimension systémique de cet affreux drame.

Notre pays est notoirement moins bien dotée en magistrats ou greffiers que les autres pays européens (on compte par exemple trois procureurs pour 100 000 habitants, contre 12,2 en moyenne en Europe), les recommandations de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) ont été ignorées, les services de l’aide sociale à l’enfance (Ase) sont asphyxiés, la loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants soutenue par les associations et nombre de députés attend toujours son inscription à l’ordre du jour…

Les défaillances sont là et le principal responsable est celui qui regarde ailleurs !

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin évoque un "terrible échec de l'action de l'État et de la justice" et promet une "mobilisation générale". Le Président de la République, Emmanuel Macron affirme : "Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire [...], c'est une question de réponse, de fermeté, d'organisation, de responsabilité". Chercher un bouc-émissaire individuel, rejeter l’opprobre sur les magistrats, nier l’évidence du sous-financement de la justice, c’est scandaleux !

Comme Mediapart vient de le révéler (lire ICI), un rapport confidentiel de l’inspection générale de la justice, remis dès 2022 au garde des Sceaux, a pointé les défaillances de l’institution et des services de police et de gendarmerie dans le traitement des procédures pour viols sur mineur·es, faute de moyens notamment, sans que ses recommandations aient été pleinement suivies d’effets.

Au-delà de potentielles failles spécifiques à cette affaire et de l’affichage des "grandes causes", la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants n’est toujours pas une priorité. Ni en termes de moyens pour une justice asphyxiée par l’austérité, ni de prise en compte de la parole des victimes dans une société qui n’a pas tourné la page de la culture du viol.

Ce nouveau drame démontre une fois de plus à quel point il y a urgence pour une loi intégrale avec des financements à la hauteur de l’enjeu

La Ligue des Droits de l’Homme demande une vraie réforme de la justice et s’insurge contre la démagogie. 

Pour le syndicat des Avocats de France : les défaillances de la justice ne sont pas des exceptions mais les symptômes d’un système à bout de souffle.

AGIR vite et bien !

 

 

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