
Éléments d’analyse sur les résultats de l’élection municipale de 2026 à Saint Michel sur Orge (3eme partie)
Il faut savoir tirer les leçons d’une élection, surtout quand elle est nettement perdue. C’est aussi ce qui contribue à continuer de vivre sereinement le présent, pour se projeter dans la construction de l'avenir.
Dans une première note, je vous ai présenté plusieurs constats chiffrés sur les résultats par bureau de vote et les évolutions avec les derniers scrutins. Puis, dans une seconde note, différents éléments qui ont permis à la maire sortante d’être largement reconduite. J’aborde maintenant les difficultés auxquelles la liste de gauche a été confrontée, avec plusieurs questions en suspens. On peut librement ne pas partager cette autocritique. J’essaie d’être lucide et je reste attentif aux remarques et aux désaccords de celles et ceux qui pourraient exposer un autre récit…
J’écarte tout d’abord l’erreur de casting et les petits procès, souvent mesquins, fait à "notre" tête de liste Isabelle Catrain-Goudeau. Je sais (par expérience) qu’il est toujours facile de taper sur la tête de liste. Cela évite de se poser les bonnes questions. Dans une élection de liste, on doit tous être (un peu) responsables de la défaite, comme on aurait tous pu être artisans de la victoire. A un moment donné, et ce fut peut-être un peu long, tout le monde a acté la candidature d’Isabelle comme tête de liste. Il n’y a eu aucun véto. Si Isabelle, comme d’autres, ou comme moi, a pu commettre des erreurs, être maladroite ou pas assez ceci ou trop cela, il appartenait à chacun de le dire clairement et surtout de proposer et d’agir en conséquence. Point final.
Trop de "tambouille" politique ?
Le rassemblement des partis politiques de gauche s’est ébauché lors des législatives de 2024, autour de la campagne victorieuse d’Antoine Léaument, candidat du Nouveau Front Populaire. Quelques militants "non encartés" se sont mobilisés et chaque parti a bien été obligé d’intégrer que la dynamique créée devait se poursuivre. Une assemblée citoyenne du NFP local s’est mis assez spontanément en place, avec une déclaration consensuelle en octobre 2024 intégrant dimension nationale et contexte local, qu’il n’est pas inutile de rappeler ci-dessous.
"En créant cette assemblée citoyenne, nous voulons:
- affirmer que le NFP doit continuer de vivre et se construire dans l'unité au plan national et local, en s'ouvrant à toutes celles et tous ceux qui se retrouveront dans les orientations du contrat de législature de juin 2024,
- agir par la mobilisation contre la politique du gouvernement Barnier qui va infliger une nouvelle dégradation des services publics et une baisse indécente des dotations aux collectivités territoriales
- mener le combat contre l'extrême droite,
- soutenir et participer aux luttes sociales, pacifiques, écologiques, antiracistes, féministes, LGBT locales et nationales,
- proposer un cadre politique uni aux saint michelloises et saint michelois et construire une alternative politique pour la ville,
- coordonner l'action de cette assemblée du NFP avec les autres comités locaux de l'agglomération.
Face à l'urgence de la situation, préservons la dynamique suscitée par le NFP et restons mobilisées et mobilisés!
Citoyens, citoyennes, militants militantes politiques, associatifs et syndicalistes : rejoignez-nous ! "
Chacun peut ainsi noter que la question des élections municipales n’apparaît qu’implicitement dans le 5e des 6 axes arrêtés. Un logo a été créé et mis en exergue par chacun des deux groupes d’opposition lors des publications des tribunes dans le journal municipal. Mais force est de constater que très peu de "citoyennes et citoyens" se sont engagés dans l’aventure. Alors que les tensions s’exacerbaient entre les différents partis au niveau national, le cadre local a été maintenu. Même si cela a permis de réapprendre à travailler ensemble, le climat est resté globalement suspicieux au fur et à mesure que la préparation des élections municipales faisait apparaître quelques ambitions nouvelles.
Le NFP explosant au niveau national, il était bien compliqué, pour tous, de faire vivre ce cadre localement, d’autant plus que partout ailleurs aucune dynamique NFP, par la base, ne voyait le jour. Devant l’inertie ambiante, l’association Saint-Michel en Commun a adopté lors de son assemblée générale du 11 avril 2005 une déclaration pour "co-construire… une réelle alternative unie de rupture avec la politique et les méthodes de la droite municipale". Malgré les constats posés sur la gestion de la droite et l’objectif clairement fixé, cette initiative a été accueillie avec une certaine indifférence. A l’automne, Saint-Michel en Commun a donc adressé aux différents partis politiques un projet de charte "de rassemblement et d’implication citoyenne", ainsi qu’une actualisation du programme 2020 de notre liste. Puis, à partir d’une trame proposée par LFI, et suite à de (trop ?) nombreuses réunions, un protocole d’accord a enfin été signé le 24 novembre 2025 entre les différents partis politiques. Chacun a fait des concessions, certains en ont fait beaucoup plus que d’autres. Mais tout le monde à signer, sans doute plus par soulagement que par enthousiasme. Malgré les tensions nationales et départementales, l’accord n’a pas été remis en cause.
Une campagne poussive ?
La dynamique d’une campagne ne se décrète pas. Par contre, elle doit pouvoir se déployer à partir d’une présence continue et diversifiée sur le terrain tout au long du mandat. C’est toujours très difficile d’enclencher un mouvement lorsque des acteurs politiques n’apparaissent qu’à la veille d’une élection.
A la différence de la maire sortante qui disposait d’une logistique et de moyens importants à travers les services municipaux, pour notre liste, tout repose sur le bénévolat. Certains ont un peu plus de temps que d’autres (retraités) mais tous doivent aussi jongler avec des contraintes individuelles, professionnelles ou familiales.
On peut passer du temps (pas trop quand même) à discuter, mais il faut à un moment trancher, donner des directives, préciser qui fait quoi et chacun doit se concentrer à effectuer ses tâches. Quant à ceux qui ont un avis sur tout ou pas d’avis du tout, le commentaire permanent, sans proposition, ni action, est une perte de temps très nocive.
Pour être efficace, la campagne doit aussi reposer sur des objectifs bien définis, un plan précis et un calendrier rigoureux. Nous avons commis l’erreur de vouloir déléguer à une agence de communication, totalement déconnectée de la réalité du terrain. La reprise en main directe et multiforme, s’est avérée assez artisanale avec une direction de campagne pléthorique. On part toujours du bon sentiment de n’écarter personne. Après, chacun s’investit comme il le veut et comme il le peut…
Un programme trop timoré ?
Au-delà de la sous-estimation de l’emprise réelle de la municipalité sortante sur la ville, l’un des reproches souvent entendu porte sur le manque de clarté de notre programme et l’absence de points d’appui qui donnent « envie de venir voter » pour nous. Je partage assez cette remarque. S’il ne faut pas s’égarer à vendre du rêve, il aurait fallu faire davantage comprendre les enjeux de la confrontation démocratique "projet-contre-projet" et les incidences sur la vie quotidienne de chacun. Beaucoup d’électeurs n’ont manifestement pas perçu qu’elles étaient les différences entre les deux programmes. Si c’est confus, si la volonté de changement n’apparaît clairement, la facilité pour de nombreux électeurs n’est-elle pas de maintenir ceux qui sont déjà en place, au lieu de s’aventurer avec d’autres ?
J’évoque 5 aspects qui aurait dû faire davantage la différence :
- Démocratie participative et gouvernance
ADN historique de la gauche le concept d’associer VRAIMENT les habitants à l’élaboration des décisions qui les concernent mérite sans doute d’être repensé. En 18 ans de gestion de droite, les conseils de quartier ont été supprimés, le conseil citoyen du quartier politique de la ville laissé à l’abandon, les espaces d’expressions des habitants réduits à des concertations "bidon" ou des monologues de la maire devant des publics présélectionnés. Toute une série de facteurs rendent compliqués l’implication des gens. La droite dénonce à juste titre la haine et les tensions qui se développent à partir notamment des réseaux sociaux. Mais il est paradoxal que ne soient pas susciter les conditions pour des dialogues apaisés et constructifs. Les gens dénoncent globalement les cumuls de mandats et le pouvoir vertical, mais ici comme ailleurs, plébiscitent une élue qui cumule les postes et décide toute seule avec son cabinet. Nous n’avons pas su traduire avec suffisamment d’intérêt cette gouvernance partagée et alternative que nous voulions proposer. Les plus pessimistes diront que ce n’est pas la préoccupation essentielle des gens et qu’aujourd’hui l’individualisme l’emporte sur le collectif. Devons-nous cependant y renoncer ? Ne faut-il pas simplifier et reformuler ce message en démontrant que de nouvelles pratiques peuvent réellement permettre aux gens d’être entendus ? Ne convient-il pas d’aller différemment au contact des gens, non pas pour expliquer que tout est complexe et qu’on leur laisse le choix entre l’hypothèse A ou l’hypothèse B, élaborées sans eux par des spécialistes ? Ne faut-il pas au contraire inventer d'autres moyens de dialogue et d'écoute pour prendre réellement en compte leur propre expertise d’usage ?
- Sécurité et prévention
Il y a, à Saint-Michel comme ailleurs, une forte demande pour davantage de tranquillité et de sécurité. La droite, en dehors de la communication sur le nombre de policiers municipaux et de caméras de vidéosurveillance, n’a produit aucun bilan dans ce domaine. Le diagnostic local de sécurité élaboré en 2024 n’a jamais été communiqué. Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance créé en mars 2023 ne s’est jamais réuni. Notre proposition d’installer le bureau de police municipale dans une partie des locaux vacants du centre commercial n’a fait l’objet d’aucune critique écrite de la droite. En fait, il était impossible pour la maire de la contester ouvertement, car c’est une demande forte d’une grande partie des habitants du quartier. Mais, très hypocritement, la droite s’est au contraire attachée à dénoncer cette proposition en développant auprès des jeunes du quartier cette rumeur fustigeant la gauche qui voulait les mettre "sous le contrôle de la police", tout en indiquant "en même temps" aux autres qu’on voulait supprimer la police. Quelle arnaque !!!
Face à cette démagogie, nous n’avons pas su réagir et trouver les mots justes et les explications pertinentes pour expliquer notre démarche d’une police de proximité au plus près des habitants. Sommes-nous pas trop frileux ou sur la défensive sur ces questions ? Ne faut-il pas réfléchir à la manière plus percutante d’aborder ce sujet, en se sous estimant pas les ravages du sentiment d’insécurité qui trouble beaucoup d’esprits ? N’est-il pas nécessaire d’investir et/ou de mettre en place des temps et des lieux d’échanges et de dialogue civiques ?
- Centre commercial
Depuis 2 ans, la maire a multiplié les vidéos pour expliquer qu’elle n’était pas responsable de la fermeture de l’hypermarché Géant et des boutiques de la galerie marchande (c’est de la "gestion privée" !). Puis la veille des élections, elle annonce que, grâce à elle, une enseigne Super U va s’installer en septembre ! Même chose pour le bureau de poste : elle n’a pas les moyens d’agir pour empêcher la fermeture, mais grâce à son action un bureau (plus petit !) ouvre un an après ! Après avoir pendant des années caricaturée notre proposition d’une maîtrise publique du foncier du centre commercial, la maire se réjouit de devenir propriétaire pour 1 € de 10 867 m² de locaux vétustes, sans préciser le montant des frais d’actes sur cette opération et l’augmentation des charges de copropriété que cette acquisition génère.
En attendant, malgré les multiples études payées par nos impôts et les interventions opaques d’une Société aujourd’hui disparue, la copropriété reste endettée à hauteur de 2,7 millions, les locaux sont à l’abandon, les parkings nécessitent près de 700 000 € de travaux, et des charges exorbitantes vont s’accumuler sur le budget de la commune…
Certes, le dossier est ancien et complexe. Mais, malgré les annonces opportunes et programmées de la droite, je pense que nous aurions dû être plus offensif sur ce dossier pour imposer à la majorité sortante de rendre des comptes sur 18 ans de mauvaise gestion de ce dossier, avec un déclin conséquent pour tout le quartier du Bois des Roches. Par honnêteté, nous n’avons pas voulu dire et promettre n’importe quoi, dans la mesure où beaucoup d’aspects nous sont toujours soigneusement cachés. Quand on constate le haut niveau d’approximations, de petits calculs sournois, d’arrogance et de propagande déployés par la droite, on s’aperçoit, une nouvelle fois, que la sincérité, la probité et la rigueur pèsent électoralement très peu !
Deux questions, parmi d’autres, pour la suite : Que cachent réellement les palissades installées opportunément avant les élections pour suggérer un début de travaux de rénovation du centre commercial ? Pourquoi a-t-il fallu attendre le 5 mars 2026 pour accorder le permis de démolir (déposé le 30 octobre 2025) des friches achetées 1,2 millions d’€ en 2024 à la Société Foncière Paris Languedoc pour l’aménagement (interrompu) de la place Marcel Carné ?
- Aménagement, urbanisme, circulation
En 2020, la droite avait promis de modifier le Plan Local d’Urbanisme. La révision du PLU a été officiellement engagée en 2021. Depuis, la ville communique sur un vague "plan vert", qui n’a aucun caractère réglementaire et ne repose sur aucun budget, ni échéancier. Le programme de la droite pour le nouveau mandat ne mentionne même pas l’aboutissement de la révision du PLU. Pourtant, une vision d’ensemble est nécessaire pour un aménagement cohérent et équilibré de la ville. Nous n’avons pas suffisamment mis en avant cette différence notoire avec la droite qui aménage et construit au coup par coup, sans aucune articulation entre les quartiers et sans la moindre planification écologique. Ainsi les aménagements des abords de la gare attendus depuis plus de 15 ans, n’ont fait l’objet d’aucune réflexion globale autour de l’axe central qui traverse la ville rue de Montlhéry et rue de Ste Geneviève. L’ouverture prochaine d’un parking de 411 places, rue Peuvrier, va produire des nuisances importantes en termes de circulation, de bruit et de pollution. Les cheminements piétons ne sont pas suffisamment sécurisés et la pratique du vélo est très dangereuse sans piste dédiée. La gare, poumon de la ville, qui n’a pas de véritable centre-ville, doit articuler une continuité entre le secteur des Grouettes et du quartier Gambetta pour limiter cette coupure spatiale (et sociale) entre les deux côtés de la voie ferrée.
Notre approche est sans doute trop technocratique pour beaucoup d’habitants. Nous aurions dû engager un travail d’éducation populaire à travers un atelier et une coopérative citoyenne d’urbanisme pour donner davantage de consistance à notre objectif de ville plus vivable, pour TOUS !
- Déficit social
Obnubilé par la communication sur les animations festives (qui en fait ne concernent qu’une petite partie de la population), la droite fait totalement l’impasse sur les situations de précarité qui se développent dans notre ville. Dans le domaine social, la maire a eu l’habilité de cibler les personnes âgées à travers un courrier personnalisé et en partie mensonger. Nous avons dénoncé dans notre dernier tract cette annonce de création de "trois nouveaux postes au sein du Service d’Aide à Domicile". Mais l’impact d’un tract est beaucoup plus faible qu’une lettre personnalisée chaleureuse esquivant les réalités sociales…
Jeunes sans emploi, familles monoparentales, locataires confrontés à des charges de plus en plus importantes, personnes âgées isolées… les difficultés s’accumulent, à Saint-Michel comme ailleurs, mais le Centre communal d’action sociale n’a pas les moyens financiers et humains pour aller vers ceux qui en ont besoin et qui finissent par s’auto exclure. Là encore, nous ne devons pas nous laisser abuser par les discours nauséabonds sur l'assistanat, montrant du doigt les "profiteurs des allocs". La droite regarde ailleurs, car beaucoup de précaires n’ont pas la nationalité française et, très majoritairement, les plus pauvres ne votent pas. Or il s’agit d’abord de garantir la dignité humaine et un minimum de cohésion sociale. Nos propositions dans ce domaine étaient pourtant argumentées, en s’appuyant notamment sur l’engagement de bénévoles associatifs dans les actions de solidarités. L’objectif d’une ville plus juste, pour TOUS était également clairement décliné. Comment faire de cette urgence sociale une des priorités qui détermine le choix d’un plus grand nombre d’électeurs ?