Éléments d’analyse des résultats de l’élection municipale de 2026 à Saint-Michel-sur-Orge (1ere partie)

La défaite de la gauche à l’élection municipale de 2026 est très nette.

Elle nécessite une analyse approfondie sur différents aspects : évolution sociologique de la ville, attentes des habitants, pratiques politiques, citoyenneté, lien social, vie quotidienne, enjeux stratégiques…

Dans cette première note, je vous présente plusieurs constats chiffrés sur les résultats de 2026, avec des comparaisons sur les élections municipales précédentes de 2014 et 2020.

Moins d’électeurs inscrits

Alors que le chiffre officiel de la population de la ville n’a jamais été aussi important (21 776 habitants au 1er janvier 2026, selon l’INSEE), le nombre d’électeurs inscrits le 15 mars 2026 était de 12 020. Il y avait 12 409 inscrits en 2020 et 12 829 en 2014.

On peut facilement en déduire que la part de résidents étrangers, n’ayant pas la nationalité française, est en augmentation. Ceux-ci n’ont donc pas le droit de vote. C’est une part importante de la population qui est de fait exclue de la vie municipale. Pourtant, ils vivent ici, paient leurs impôts, leurs enfants y vont à l’école et ils participent à la vie locale. J’ai toujours été partisan d’une des 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981 d’attribuer aux résidents étrangers du droit de vote aux élections municipales, comme cela existe déjà dans plusieurs démocraties. La gauche gouvernementale de Jospin à Hollande, quand elle disposait de la majorité parlementaire nécessaire, ne l’a pas fait. C'est une erreur morale et politique. Dans le climat de tensions multiples, ce serait pourtant un élément indispensable pour forger vraiment du "vivre" et du "faire" ensemble.

Beaucoup d’abstention

Sur les 12 020 électeurs inscrits, seulement 6 401 sont venus voter. On ne peut pas se satisfaire d’une participation à 53,25 %. C’est beaucoup mieux qu’en 2020 (35,65%), mais il y avait le COVID, avec le confinement le lendemain. Mais si on retrouve le niveau équivalent de participation de 2014 (53,27%), c’est une baisse continue depuis les années 1970, où l’on votait autour de 70% aux élections municipales dans notre commune.

5 619 électeurs inscrits (46,75%) ne se sont donc pas déplacés pour venir voter. Il semble qu’un certain nombre n’habitent plus la commune et ne se sont pas inscrits dans leur nouvelle commune, ce qui aurait produit une radiation d’office. Mais parallèlement, j’ai aussi rencontré, tout au long de cette campagne, beaucoup d’habitants de Saint-Michel, plus ou moins récents, qui m’ont indiqué qu’ils avaient « oublié » de faire leur changement d’adresse, alors que ceci ne prend que quelques minutes pour le faire sur internet. C’est ICI.

Comme lors des précédents scrutins, la participation varie d’un bureau de vote à l’autre. Ainsi la fracture civique est nette entre les bureaux du quartier du Bois des Roches et le reste de la ville.

Il y a eu 61,06 % de votants au bureau n°4 Groupe scolaire Lormoy, 59,56 % au bureau n°12 La Fontaine de l’Orme, 59,25 % au bureau n°3 Groupe scolaire Jules Ferry, 58,67 % au bureau n°6 Centre culturel Baschet, 57,77% au bureau n°5 Groupe scolaire Pablo Picasso, 56,89 % au bureau n°2 Maison des seniors, 56,56 % au bureau n°11 Groupe scolaire Jules Verne, et 56,46 % au bureau n°1 Hôtel de Ville.

Par contre, dans les bureaux des quartiers populaires du Bois des Roches, c’est l’abstention qui est majoritaire : 57,55 % au bureau n°9 Groupe scolaire Descartes 1, 57,21% au bureau n°10 Groupe scolaire Descartes 2, 55,86 % au bureau n°13 Les Genêts, 54,47% au bureau n°8 salle communale, avenue Saint-Saëns, 57,55% au bureau n°9 Groupe scolaire Descartes 1, 50,61% au bureau n°14 Groupe scolaire Lamartine et 50,23 % au bureau n°7 Groupe scolaire Blaise Pascal.

La progression continue et importante de la droite

La droite avait conquis la mairie en 2008, à l’issue d’une triangulaire serrée, avec deux listes de gauche. La liste Zunino (avec madame Rigault, en 2e position) n’avait obtenu que 35,01 % des suffrages exprimés, soit 2 666 voix, mais disposait de la majorité au Conseil municipal, avec 24 élu-e-s.

En 2014, la droite, encore conduite par M. Zunino (toujours face à deux listes de gauche) l’emportait dès le 1er tour, avec 51,81 % (3 372 voix, 27 élu-e-s).

En 2020, la liste conduite par madame Rigault obtenait 52,99 % (2 275 voix, 26 élu-e-s). A ce score, il convient d’ajouter les 146 voix (3,40 %) d’une deuxième liste de droite conduite par M. Cire. Celle-ci était composée de personnes mécontentes des conditions de la mise à l’écart de M. Zunino en 2017. Beaucoup d’observateurs n’ont pas bien mesuré, obnubilé par le contexte Covid, que le niveau de la droite municipale était donc passé à 56,39 %.

Ce dimanche 15 mars, la liste de madame Rigault obtient un score assez impressionnant avec 66,63% (4 130 voix). Il faut donc le comparer au total des deux listes de droite, il y a 6 ans. La progression reste assez spectaculaire avec plus de 10 points. Par contre, cette progressions est assez inégale selon les bureaux de vote : + 15,96 points au bureau n°1 Hôtel de Ville, + 14,44 point au bureau n°12 La Fontaine de l’Orme… mais seulement + 3,56 points au bureau n°7 Groupe scolaire Blaise Pascal et même en légère baisse à – 0,97 points à la salle communale, avenue Saint-Saëns.

S’il y a bien une emprise forte de la majorité municipale sur les électeurs de Saint-Michel (certains parlent de "clientélisme", en dé-politisant notamment les enjeux), cela ne veut pas dire, malgré l’extrême droitisation médiatique en cours, qu’il y a une majorité de droite et d’extrême droite pour les scrutins nationaux à Saint-Michel.

A gauche 1 + 1 ne fait jamais 2

Depuis 2008, j’ai été critiqué comme étant LE responsable de la division de la gauche et donc des victoires de la droite aux municipales de 2008, 2014 et 2020. J’aurai l’occasion d’y revenir dans une autre note.

Pour l’instant, examinons les chiffres :

Le meilleur score d’une liste d’union de la Gauche au premier tour d’une élection municipale à St Michel, date de mars 1977, avec la liste conduite par Jean-Loup Englander : 59,18%.

En 2008, l’addition des deux listes de gauche était de 66,61 % (34,40 % + 32,18 %).

En 2014, le total des deux listes de gauche était tombé à 48,19%.

En 2020, ce total diminue encore à 43,61%.

Ce dimanche, la liste de rassemblement de la gauche ne totalise que 33,37%. Dix points de moins ! Le score est très mauvais partout. Alors qu’en 2020, le total des deux listes de gauche donnait encore une courte majorité dans un bureau de vote (n°2, Maison des seniors : 52,73 %), six ans plus tard, le meilleur (moins mauvais) score de la liste se situe à seulement 42,62 % au bureau n°7, Groupe scolaire Blaise Pascal. La liste de gauche n’atteint même pas les 30% dans deux bureaux : au n°1, Hôtel de Ville (26,70%) et au n°4, Groupe scolaire Lormoy (27,47%).

Les pertes les plus importantes en 6 ans, se situent au bureau n°1, Hôtel de Ville (- 15,95 points), au bureau n°12 La Fontaine de l’Orme (- 14,41 points), au bureau n°1 3, Les Genêts (- 13,74 points).

A noter enfin que ce score très bas de la gauche à St Michel n’est pas totalement une nouveauté. Aux élections départementales de 2021, la candidature unique de gauche au 1er tour faisait 33,13%. Un chiffre qui, même dans une contexte très différent, aurait dû davantage interroger.

Au-delà du contexte national, très compliqué, l’UNION de la gauche, dès le premier tour, n'est pas une condition suffisante pour envisager de reconquérir notre ville.

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