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A propos de l’opération « gilet jaune » du 17 novembre

 

Depuis quelques semaines, circulent largement sur les réseaux sociaux des appels à « manifester » le samedi 17 novembre, à « bloquer des routes ou des ronds-points », ou à « mettre un gilet jaune sur son tableau de bord ». Le ras-le-bol que ces appels expriment est compréhensible. La hausse des prix des carburants, notamment celui du diesel, fait effectivement beaucoup râler un peu partout, car elle est perçue comme une mesure de racket à l'égard de toutes celles et ceux qui n'ont souvent pas d'autre choix que d'utiliser leur voiture pour aller travailler ou circuler pour les besoins de la vie quotidienne. Tout cela traduit pour partie un mécontentement social contre Emmanuel Macron perçu comme le « président des riches ». S’il y a indignation c’est parce que cette hausse intervient parmi tant d’autres sur les produits de première nécessité de la vie courante. Elle appauvrit sévèrement les personnes mises à contribution. Elles n’ont pas le choix entre des modes de transport aussi longtemps que des alternatives à la voiture et à ses carburants n’existent pas. Ni pour les déplacements de la vie quotidienne de leur famille ni pour aller travailler ou accéder aux services dont dépend leur existence.

S’il y a indignation c’est aussi parce que les personnes principalement frappées sont montrées du doigt comme irresponsables face à la crise écologique. Que peut une personne au SMIC qui doit faire des dizaines de kilomètres par jour pour aller travailler alors que Emmanuel Macron continue à fermer les gares et à détruire le maillage des transports publics ? Comment accepter l’appauvrissement de millions de gens alors que les plus gros pollueurs et notamment le secteur aérien ne sont pas taxés sur le carburant ? Comment peut-on donner des leçons aux personnes en milieu rural alors que le gouvernement continue de les empoisonner en soutenant une agriculture glyphosatée et liée au lobby de la chimie ? Devons-nous admettre que les gens soient punis et appauvris en prenant hypocritement l’écologie comme prétexte ?

La politique fiscale d’Emmanuel Macron a renforcé les inégalités au profit des riches et des grandes entreprises tandis que l’évasion fiscale reste impunie. La question du pouvoir d’achat devient cruciale pour nombre de personnes dans notre pays : salariés, chômeurs et chômeuses, précaires, retraités. Le poids des dépenses énergétiques représente 14,9 % du revenu des ménages les plus pauvres, et seulement 5,9% pour les plus riches qui sont pourtant les plus gros pollueurs. Pour les riches, les hausses de prix sont indolores. Du fait de la ségrégation sociale dans les territoires, beaucoup de personnes modestes n’ont pas d’autres alternatives qu’utiliser un véhicule et/ou une chaudière au fioul et sont fortement touchées par la hausse des prix des carburants.

La taxe sur les carburants du gouvernement est présentée comme une réponse aux enjeux du réchauffement climatique. Mais elle va surtout servir à boucher les trous du budget : en 2019, sur les 37 milliards prévus de taxe sur les produits énergétiques, seuls 7,2 milliards seront affectés à la transition écologique. Face aux immenses enjeux environnementaux et de santé, la fiscalité peut être un outil pour financer la transition écologique à condition qu’elle ne soit pas inégalitaire. Utiliser la fiscalité pour inciter une société entière à réduire sa consommation d’énergies fossiles n’a de sens que si dans le même mouvement des compensations sociales redistributrices le permettent. Il faut également désinvestir dans les énergies fossiles et investir massivement dans les alternatives : dans les transports en commun pour les rendre plus denses et pas seulement dans les métropoles, moins chers (voir gratuit) et plus propres, développement des pistes cyclables, arrêt de l’étalement urbain qui aggrave les problèmes de transport et l’artificialisation des terres, relocalisation des activités économiques, des services publics et des commerces de proximité, développement d’une politique ambitieuse pour des logements accessibles et bien isolés, réorientation de l’appareil productif, pour répondre aux besoins sociaux utiles et durables pour la majorité de la population. Une véritable politique de lutte contre le réchauffement climatique ne peut se faire en aggravant les inégalités mais doit être, au contraire, l’occasion de réduire celles-ci pour aller vers une transition écologique et sociale, appuyée sur plus de justice fiscale.

Des initiatives auto-organisées doivent être organisée le 17 novembre prochain. Des forces politiques tentent de la récupérer au profit de la droite extrême. On ne saurait en rendre responsables celles et ceux qui ont engagé cette initiative ou qui s’apprêtent à s’y joindre.

Pourtant les avis divergent. Si certains refusent de s’y joindre en raison de l’appel de l’extrême droite, d’autres pensent que cette action ne formule pas de demandes par rapport aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’autres enfin agiront pour s’opposer à la politique du gouvernement sans réserve ni condition. Ces deux points de vue ont leur dignité. Pour moi ce sera un gilet jaune pour dire NON aux injustices fiscales et un gilet vert pour dire OUI à une politique ambitieuse pour notre environnement au quotidien et tout simplement sauver la planète.

 

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